Au commencement de l’oeuvre de Van Gogh, l’art d’Hiroshige

"Oliveraie", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 92 x 72, 5 cm Collection du Museum of Modern Art, New York Source : Wikipedia, lien url, 25/04/15

« Oliveraie », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 92 x 72, 5 cm
Collection du Museum of Modern Art, New York
Source : Wikipedia, lien url, 25/04/15

Vincent Van Gogh, peintre impressionniste néerlandais, est sans doute l’un des artistes les plus connus du XIXe siècle. Tout a sans doute déjà été dit sur sa peinture : la déraison et le tourment qui caractérisent son oeuvre, sa schizophrénie, ses crises de délire et d’hallucinations, autant de critères qui ont des conséquences directes sur son style. Pourtant on en vient souvent à oublier l’essentiel : l’impact considérable d’un art venu d’ailleurs sur l’ensemble de son oeuvre. Ainsi, une approche plus traditionnelle de sa peinture permet de constater avant tout que ses références vont se tourner vers un art qui est le contraire de celui qu’il a produit : celui de Hiroshige. Un art dont toute la philosophie repose sur la solidité, la composition, la sérénité, le voyage et la paix intérieure.

On ne saurait qu’insister sur l’importance de la rencontre de Van Gogh avec les estampes japonaises. Arrivé à Paris en 1886, Van Gogh fait en effet la connaissance du père Tanguy, marchand de couleurs, qui, à côté de toiles et de pinceaux, expose aussi des estampes japonaises qui n’intéressent guère les amateurs. C’est là que Van Gogh les découvre, ces gravures d’Hiroshige et d’Hokusai qui auront une influence considérable sur son oeuvre.

L’art d’Utagawa Hiroshige, grand maître d’Edo, retient son attention en particulier. En effet les références de Van Gogh au japonisme en général et à Hiroshige en particulier ne sont pas seulement réduites à quelques œuvres phares, copies évidentes du maître, mais la majorité de ses paysages à partir de 1887 sont construits autour d’un système référentiel au centre duquel se retrouve, presque systématiquement, l’œuvre de Hiroshige. Ainsi on considère souvent que les références au Japonisme de Van Gogh sont réduites à deux ou trois exemples isolés, mais cette référence, va en réalité bien au-delà. Outre des tableaux où l’on pourrait reconnaitre une copie presque « servile » de l’art d’Hiroshige, c’est l’organisation interne de ses peintures, en particulier de ses paysages, les jeux de lumière et de perspective ou encore l’imaginaire présent dans les oeuvres de Van Gogh, qui s’inspirent de l’univers du maitre. Ce sont donc ces « photographies » parfaites d’un autre monde, presque idéal par sa beauté, son achèvement esthétique, sa sérénité et ses perspectives apaisantes, qui planent dans l’oeuvre jugée pourtant au combien « tourmentée » du peintre.

Prenons l’exemple bien connu de « L’oliveraie », huile sur toile qui, comme son nom l’indique représente un champs d’oliviers. Van Gogh disait lui même de ce tableau qu’il était « une furie d’empâtements, de brutalités et de reprises ». En approfondissant l’analyse, on peut constater qu’il s’agit également d’un chef-d’oeuvre d’harmonie bleu-vert qui trouve sans aucun doute les sources de son imaginaire dans l’estampe de Hiroshige, « plage des Maikos dans la province de Harima ».

"Oliveraie", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 92 x 72, 5 cm Collection du Museum of Modern Art, New York Source : Wikipedia, lien url, 25/04/15

« Oliveraie », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 92 x 72, 5 cm
Collection du Museum of Modern Art, New York
Source : Wikipedia, lien url, 25/04/15

"Plage des Maikos dasn la province de Harima", Utagawa Hiroshige, 1853 Collection du Museum Volkenkunde, Leiden Source : Spectacle-selection.com, lien url, 25/04/15

« Plage des Maikos dasn la province de Harima », Utagawa Hiroshige, 1853
Collection du Museum Volkenkunde, Leiden
Source : Spectacle-selection.com, lien url, 25/04/15

On se rend alors compte que c’est non seulement l’organisation interne du paysage peint par Van Gogh qui s’inspire de l’estampe d’Hiroshige, mais aussi tout un imaginaire du voyage et de l’étranger que l’artiste va puiser au coeur de cet art japonais.

la référence au japonisme n’est ainsi plus seulement un modèle analytique parmi d’autres, mais elle devient un véritable code de lecture pour tout son œuvre. La confrontation iconographique entre les oeuvres de Van Gogh et celles d’Hiroshige est impressionnante, tant chacune de ses oeuvres, chacun de ses choix de paysages devient une référence directe à ce qu’il a pu  voir dans l’art japonais. Cela concerne le cadrage mais aussi le choix du sujet, celui de la lumière, et même de la couleur. L’art de Van Gogh se transformerait ainsi presque en une reprise moderne et tourmentée des thèmes et des sujets que le maitre japonais a peint un siècle auparavant à l’autre bout du monde. Un autre exemple parlant est la confrontation entre le « pont basculant à Nieuw Amsterdam » de Van Gogh et le « groupe d’hommes aveugles et temple yugyo » dans le lointain d’Hiroshige.

"Pont basculant à Nieuw Amsterdam", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1883, 40, 3 x 80, 2 cm Collection Groninger Museum, Groningen Source : spectacle-selection.com, lien url, 25/04/15

« Pont basculant à Nieuw Amsterdam », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1883, 40, 3 x 80, 2 cm
Collection Groninger Museum, Groningen
Source : spectacle-selection.com, lien url, 25/04/15

"Groupe d'hommes aveugles et temple Yugyo dans le lointain", Utagawa Hiroshige, 1833, 25 x 36, 8 cm  Collection du Museum Volkenkunde, Leiden Source : pixelcreation.fr, lien url, 25/04/15

« Groupe d’hommes aveugles et temple Yugyo dans le lointain », Utagawa Hiroshige, 1833, 25 x 36, 8 cm
Collection du Museum Volkenkunde, Leiden
Source : pixelcreation.fr, lien url, 25/04/15

On retrouve dans la toile de Van Gogh, le motif central de la porte, inspirée par la porte de sanctuaire peinte par Hiroshige au premier plan de son estampe. Van Gogh tire ainsi à lui cet étrange motif venu d’ailleurs pour l’adapter au paysage qu’il peint. Ce faisant, il fait également naitre dans son tableau cette sensation d’étrangeté qui ôte toute familiarité au paysage de sa peinture.  Ainsi des copies serviles qu’il a pu faire à deux ou trois reprises, il passe très vite à l’interprétation, à l’inspiration et à la référence. C’est donc finalement un monde bien à lui qu’il crée, monde issu de ces rêveries de voyage dans un pays lointain et étranger. Un dernier exemple nous permettra de comprendre ce processus d’appropriation et de réinterprétation qui s’effectue quasi systématiquement dans l’oeuvre du peintre : la confrontation entre « Les pins au coucher du soleil » et  la « Vue de Hueno, de l’autre côté de l’étang de Shinobazu à travers les branches d’un pin ».

"Pins au coucher du soleil", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 91, 5 x 72 cm Collection Kröller Muller Museum, Otterlo Source : spectacle-selection.com, lien url, 25/04/15

« Pins au coucher du soleil », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 91, 5 x 72 cm
Collection Kröller Muller Museum, Otterlo
Source : spectacle-selection.com, lien url, 25/04/15

"Vue de Hueno, de l'autre côté de l'étang de Shinobazu à travers les branches d'un pin", Utagawa Hiroshige, 1857, 36, 2 x 24, 5 cm Collection du Museum Volkenkunde, Leiden Source : pixelcreation.fr, lien url, 25/04/15

« Vue de Hueno, de l’autre côté de l’étang de Shinobazu à travers les branches d’un pin », Utagawa Hiroshige, 1857, 36, 2 x 24, 5 cm
Collection du Museum Volkenkunde, Leiden
Source : pixelcreation.fr, lien url, 25/04/15

 

Les plans des deux peintures sont similaires, le pin placé au premier plan à gauche, ouvrant et encadrant par ses branches le reste du paysage en arrière plan. La logique interne est également proche : quand le pin d’Hiroshige à la fois encercle et coupe le reste du paysage, les pins de Van Gogh font de même avec le soleil couchant. Mais on remarque bien qu’il ne s’agit pas d’une simple copie : Van Gogh ajoute cette lumière rasante bien à lui, faisant naitre sur le petit bois de pin une atmosphère intimidante, renforcée par la figure solitaire qui s’y promène. Les arbres taillés au couteau sont plus tortueux, plus anguleux que la courbe parfaite par laquelle Hiroshige anime son pin.

Van Gogh transpose donc la peinture d’Hiroshige en l’adaptant à son imaginaire, à sa vision plus tumultueuse et tourmentée du monde. Cependant l’influence du maitre japonais n’est jamais loin et se fait ressentir dans la plupart de son oeuvre. Elle constitue un paysage mental particulier, un voyage dans l’étranger qui nourrit l’oeuvre de Van Gogh. Cette influence des estampes japonaises ne s’arrête évidemment pas à Van Gogh, mais nourrit l’imaginaire d’un grand nombre de peintres impressionnistes, attirés par cette nouvelle vision du monde, cet étrange calme qui règne dans ces paysages lointains, calme qui se mêle à une sensation d’étrangeté qui ne peut qu’alimenter l’imagination.

S.G.D

Webographie :

pinacothèque.com, « Van Gogh, rêves du Japon et Hiroshige, l’art du voyage », lien url, « en ligne », 25/04/15

lefigaro.fr, « Van Gogh : du Japon dans le Midi », lien url, « en ligne », 25/04/15

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