Van Gogh et le Midi : la découverte de nouveaux paysages

"Le Semeur", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 64, 2 x 80, 3 cm Collection Kröller Müller Museum, Otterlo Source : Wikimedia Commons ( lien ), 30/03/2015

« Le Semeur », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 64, 2 x 80, 3 cm
Collection Kröller Müller Museum, Otterlo
Source : Wikimedia Commons ( lien ), 30/03/2015

Nous allons nous intéresser ici à l’impact considérable du voyage de Van Gogh dans le Midi sur sa peinture. Van Gogh, peintre néerlandais, a en effet beaucoup voyagé à la recherche de nouveaux thèmes et paysages pour ses toiles. En 1888, après un séjour de deux ans à Paris, VanGoh, fatigué et dépressif décide de quitter l’agitation de la capitale pour le sud de la France où il espère trouver de nouveaux paysages. Arrivé à Arles le 20 février 1888, il partira pour l’asile de Saint-Rémy le 8 mai 1889. Dura cette courte période Van Gogh allait exécutera quelque 200 toiles et plus d’une centaine de dessins; c’est dire s’il trouve dans ce nouvel environnement une source d’inspiration particulièrement fructueuse. La majorité des peintures produites par le peintre durant ce laps de temps sont des paysages. Il convient donc de s’intéresser à ce qui intéresse tant Van Gogh dans cette nature du Midi qu’il retranscrit avec passion et vivacité. Qu’est-ce que l’artiste trouve dans ces paysages d’Arles au point que son inspiration et son rythme de travail ne connaissent aucune interruption ?

Un rêve de Japon dans le midi

Le premier élément de la réponse est sans doute à chercher encore une fois dans l’influence du Japon, notamment des estampes japonaises sur la peinture de VanGogh, et plus largement sur celle des peintres impressionnistes. Nous avons pu voir dans un article précédent à quel point l’art des estampes et particulièrement celui d’Hiroshige ont influencé le travail du peintre néerlandais. Or ce que trouve Vincent VangGogh dans le midi, c’est avant tout un paysage qui lui rappelle le paysage mental qu’il s’est créé au fur et à mesure de la collection et l’étude de ces estampes. Arrivé à Arles, Vangogh écrit en effet à son frère Théo : « Les impressionnistes aiment la peinture japonaise, écrit-il à Théo. Ils ont senti son influence. Alors, pourquoi ne pas partir dans un pays qui sera notre Japon, dans le Midi? » ( pour le site d’origine de cette citation, cliquer sur ce lien ). Ainsi pour Van Gogh, le Midi et Arles en particulier est-il la terre promise pour une peinture plus innovante, aux accents modernes et étrangers qu’il a pu sentir en observant longuement les estampes. Ce que Van Gogh découvre notamment dans ces paysages, c’est le  merveilleux printemps provençal, les arbres fruitiers dans les vergers fleuris, les horizons dont il va retranscrire l’immensité et ces paysages particulier au pays ponctués de meules, et de maisons aux toits ocres. Dans ces paysages surtout, se manifeste l’influence rassurante et efficace de l’art japonais. On peut notamment le voir avec cette toile effectuée en 1888 : « Moisson à la Crau avec Montmajour en arrière-plan »

"Moisson à la Crau avec Montmajour en arrière-plan", Vincent Vangogh, huile sur toile, 1888, 73, 0 x 92,0 cm Conservé au VanGogh Museum Wikipédia,http://pl.wikipedia.org/wiki/%C5%BBniwa_w_La_Crau_z_Montmajour_w_tle ( 30 / 03 / 2015 )

« Moisson à la Crau avec Montmajour en arrière-plan », Vincent Vangogh, huile sur toile, 1888, 73, 0 x 92,0 cm
Conservé au VanGogh Museum
Source : Wikipédia, lien url ( 30 / 03 / 2015 )

Dans cette toile, la hardiesse des coupures est inédite, rappelant le trait incisif de l’art  des estampes japonaises qui ne s’embarrassent pas lignes floues. On repère également un certain goût de la simplification propre à l’art japonais repérable à la couleur audacieusement écrasée et le dessin de ces horizons lointains qui se perdent dans un ciel uniforme. Ainsi le midi de Vangogh est-il une résurgence de ce paysage mental nourri par lui des composantes de l’art japonais.

Mais plus qu’un nouveau paysage qui est l’aboutissement de sa recherche esthétique, on peut également voir le séjour de Van Gogh à Arles comme le franchissement d’un nouveau pas dans sa névrose. Il va en effet faire du Midi un « Japon fantasmé », une réalité rêvée, et s’y transporté avec une intensité accentuée par ses troubles psychiques. Ainsi Vangogh va-t-il voir le Midi de la France, par une simple transposition mentale, comme étant le Japon. La référence au japonisme devient un véritable code de lecture pour toute son œuvre, dès l’instant où Van Gogh se rend dans le Midi de la France. Pour illustrer cette « transposition mentale » effectuée par l’artiste, plusieurs exemples peuvent être apportés; nous avons notamment évoqué dans un article précédent la confrontation entre l' »Oliveraie » de Van Gogh et la « Plage des Maikos » de Hiroshige. Nous pouvons ici nous intéresser à une autre toile du peintre, « Le Semeur »,  réalisée en juin 1888.

"Le Semeur", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 64, 2 x 80, 3 cm Collection Kröller Müller Museum, Otterlo Source : Wikimedia Commons ( lien ), 30/03/2015

« Le Semeur », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 64, 2 x 80, 3 cm
Collection Kröller Müller Museum, Otterlo
Source : Wikimedia Commons ( lien url ), 30/03/2015

La toile nous présente encore une fois un vaste espace dont le point de fuite conduit à un horizon lointain et flou. C’est un paysage japonais, mais dont le cadre est le Midi : une figure solitaire se détache sur les étendues mauves formées par les fleurs du champs, en tout point semblable à ces figures de l’art d’Hiroshige perdues et anonymes au sein d’un paysage trop grand pour elles. On retrouve également cette simplification caractéristiques des lignes et contours qui composent le dessin : le champs de blé se détache avec une audace ocre sur les contours flous et mauves du champs. Ainsi c’est sa vision du Japon que retrouve et retranscrit Van Gogh dans cette peinture en extérieur du Midi.

Des couleurs et une lumière spécifiques

C’est sans doute le second élément de réponse que nous pouvons apporter à cette passion de Van Gogh pour les paysages de cette région. En effet les toiles réalisées durant cette période disent également l’éblouissement de l’artiste pour la lumière d’été : il peint et dessine en plein air et en plein soleil et s’exprime avec une plénitude qu’il n’avait pas atteinte jusque là. Ce sont des couleurs particulières que lui fournit Arles et ses environs : des ocres violents qui s’entrechoquent avec d’autres couleurs vives telles que le rouge, le vert, le mauve, le rose. Ces couleurs se détachent sur le bleu du ciel d’été, créant un contraste aussi saisissant qu’accrocheur pour les yeux. Il consacre notamment plusieurs tableaux à l’étude de ces grands cyprès verts qui se détachent sur le paysage brûlé du Midi.

"Route avec cyprès et Etoile", Vincent Van Gogh, huile sur toile,  1890 Collection Kröller-Müller Museum, Otterlo Source : Wikipédia, ( lien ), 30/03/15

« Route avec cyprès et Etoile », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1890
Collection Kröller-Müller Museum, Otterlo
Source : Wikipédia, ( lien url ), 30/03/15

Ce qui caractérise la peinture de Van Gogh à cette époque, en somme, est l’obsession de cette lumière particulière du Midi : il découvre en effet enfin la lumière dont il rêvait, celle qui exalte les couleurs et révèle leur pouvoir expressif. Toute son œuvre en sera transformée. La peinture de Van Gogh repose sur le travail de la matière picturale, qui est tout à la fois couleur et texture. Il manie la peinture tel un sculpteur, n’hésitant pas à laisser apparaitre les traces de couteau, de la brosse, ou du pinceau. Mais cette peinture est aussi couleur, et Van Gogh lui laisse une place considérable dans son oeuvre : il privilégie les teintes franches, sans même représenter l’ombre des objets. Ce qu’il faut c’est représenter la spontanéité, l’émotion que produit sur lui la découvertes de ces teintes vives teintées d’une lumière particulière. C’est notamment l’expression de cette sensibilité aux couleurs et à la lumière que l’on retrouve dans la très célèbre série des « Tournesols ».

"Les tournesols, Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 92, 1 x 73, 0 cm Collection National Gallery, Londres Source : wikipédia ( lien ), 30/03/15

« Les tournesols, Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 92, 1 x 73, 0 cm
Collection National Gallery, Londres
Source : wikipédia ( lien url  ), 30/03/15

Ici, on ne s’embarrasse pas d’ombre, mais tout est accès sur le couleur et la lumière. La lumière est celle du midi : franche et directe, soulignant les teintes vives des sujets peints. C’est certes une nature morte, mai une nature rendue particulièrement expressive par la pâte du peintre.

C’est ainsi cette recherche de la lumière directe qui donne aux sujets les pleins moyens de leur expressivité qui oriente les peintures que Van Gogh réalisera à Arles. Il est vrai que peu de régions n’offre à la fois autant de possibilité de paysages soumis aux aléas de la lumières et de couleurs aussi marquées, semblable à un rêve de contrastes et d’associations audacieuses.

S.G.D

Webographie :

Le Figaro.fr Culture, « Van Gogh : du Japon dans le Midi », lien url, « en ligne », 30/03/15

Impressionnisme.net, « Vincent Van Gogh, art et mysticisme », lien url, 30/03/15

Pinacothèque de Paris.com, « Van Gogh rêves de Japon et Hiroshige, l’art du voyage », lien url, 30/03/15

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