Peindre « sur le motif », une notion fondamentale pour les impressionnistes

Edouard Manet, Claude Monet peignant dans son atelier, huile sur toile, 1874, 50x64 cm, Neue Pinakothek, Munich. Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Edouard Manet, Claude Monet peignant dans son atelier, huile sur toile, 1874, 50×64 cm, Neue Pinakothek, Munich.
Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

          C’est à partir de l’ouvrage de Thoédore Duret, Histoire des peintres impressionnistes (1939) et plus précisément la partie consacrée à « La grande innovation des impressionnistes: la peinture en plein air »,  que nous nous intéresserons à l’action de peindre « sur le motif ». Duret est un critique d’art influent qui va s’intéresser au Japonisme, thème que plus largement développé dans notre article précédent et va prendre la défense des impressionnistes.
Contrairement aux idées reçues, la pratique de peindre en plein air existait avant les impressionnistes puisque dès le 18ème siècle des peintres venus d’Europe arrivent à Rome et peignent en extérieur. Cependant le motif était capturé sur le moment uniquement afin d’en faire des esquisses. On pense par exemple à Corot et Courbet en France ou bien Constable en Angleterre où ces études étaient réalisées sur place pour aider à la réalisation de leurs véritables peintures, celles-ci étant terminées en atelier. C’est à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle avec l’arrivée en 1841 des tubes de peinture que les peintres vont pouvoir se déplacer plus aisément avec leur matériel et appliquer leurs couleurs plus aisément. Or, ce qui fait la particularité des peintres impressionnistes est de s’adonner systématiquement à la peinture en plein air : la beauté des couleurs et de la lumière se confondant avec le paysage est captée directement.


Cela est ainsi visible dans la série de peintures que Claude Monet réalisa en extérieur  à Argenteuil où l’on retient notamment ses Essais de figures en plein air: Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche et Femme à l’ombrelle tournée vers la droite. En outre, dans son tableau La Promenade, madame Monet et son fils, où l’herbe et le ciel sont visiblement traités par de brefs coups de pinceaux (des bandes de la toile sont même restées vierges) témoignant d’une exécution rapide.

Claude Monet, Essai de figure en plein-air : Femme à l'ombrelle tournée vers la gauche, huile sur toile, 1886, 131 x 887 cm, musée d'Orsay, Paris.  Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Claude Monet, Essai de figure en plein-air : Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche, huile sur toile, 1886, 131 x 887 cm, musée d’Orsay, Paris.
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Claude Monet, Essai de figure en plein-air : Femme à l'ombrelle tournée vers la droite, huile sur toile, 1886, 130,5 x 89,3 cm, musée d'Orsay, Paris. Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Claude Monet, Essai de figure en plein-air : Femme à l’ombrelle tournée vers la droite, huile sur toile, 1886, 130,5 x 89,3 cm, musée d’Orsay, Paris.
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Claude Monet, La Promenade, madame Monet et son fils, huile sur toile, 1875, 100 x 81 cm, National Gallery of Art, Washington D.C. Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Claude Monet, La Promenade, madame Monet et son fils, huile sur toile, 1875, 100 x 81 cm, National Gallery of Art, Washington D.C.
Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

La peinture est pratiquée « sur le motif », c’est-à-dire que le peintre applique sa peinture directement sur la toile sans dessin préalable. Le peintre place son chevalet en extérieur, face à la nature afin de saisir les différents éclairages selon l’intensité de la lumière illustrant la chaleur d’une fin d’après midi ou la fraîcheur d’une matinée d’hiver. Tout l’intérêt est de reconstituer cette ambiance unique, l’atmosphère enveloppant le peintre au moment même de l’exécution du tableau. Il s’agit donc de donner à la nature un aspect plus vivant, à l’opposé de la pratique en atelier où la représentation de la nature semble moins intense. Le peintre impressionniste va capter l’instantané, il ne retravaille pas ses toiles en atelier afin de conserver sa vision première de la scène.

Les couleurs de la campagne, de la forêt, ou encore de la mer portent des teintes qui varient à l’infini puisque la représentation d’un même lieu peut se décliner de nombreuses fois sans pour autant retrouver les mêmes nuances selon les moments de la journée et de l’année. Ainsi, contrairement au peintre d’atelier qui visualise une gamme réduite de couleurs pour rendre compte de la végétation par exemple, le peintre impressionniste va capter des variations propres uniques et illustrer le passage des rayons de soleil passant à travers le feuillage avant d’atteindre le sol. La nature semble ainsi plus proche de la réalité puisque les gammes de couleurs se mêlent à la lumière ambiante qui peut être douce et diffuse ou au contraire d’une intense luminosité, donnant ainsi un aspect unique à l’élément naturel illustré. Les ombres mêmes vont prendre des teintes originales penchant vers le bleu violacé. De plus la couleur utilisée est particulièrement intense puisque les impressionnistes vont utiliser des couleurs vives non modulées, c’est-à-dire appliquées directement sur la toile à coups de pinceaux irréguliers. La couleur est donc fondamentale dans l’œuvre des impressionnistes puisque c’est à travers elle qu’une vision unique est offerte au public.

De plus le site n’est pas sélectionné de la même façon que les peintres plus académiques qui recherchaient des lieux pittoresques, des motifs propres à faire une « belle » peinture. Au contraire, les impressionnistes veulent à capter un instant, un rayon de soleil, le vert tendre d’une forêt. Face à un lac, ils ne cherchent pas à ce que l’eau soit parfaitement limpide et apte à refléter tel un miroir le paysage environnant, mais vont s’intéresser à l’effet de la pluie et du brouillard à la surface du plan d’eau, etc.
Les impressionnistes souhaitent donc retranscrire l’impression initiale des éléments, des sensations éprouvées à un moment T, ce qui explique d’ailleurs pourquoi, contrairement à la peinture plus traditionnelle et académique, leurs toiles ne comportent pas de lignes proprement définies mais des contours estompés, imprécis.

Edouard Manet, Argenteuil, huile sur toile, 1874, 149 × 115 cm, musée des beaux-arts, Tournai. Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Edouard Manet, Argenteuil, huile sur toile, 1874, 149 × 115 cm, musée des beaux-arts, Tournai.
Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Edouard Manet, Claude Monet peignant dans son atelier, huile sur toile, 1874, 50x64 cm, Neue Pinakothek, Munich. Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Edouard Manet, Claude Monet peignant dans son atelier, huile sur toile, 1874, 50×64 cm, Neue Pinakothek, Munich.
Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Cette pratique de la peinture en plein air est notamment visible au sein de deux œuvres du peintre Edouard Manet (artiste auquel nous avons déjà consacré un article). Le peintre disait d’ailleurs: «Je peins ce que je vois, et non ce qu’il plaît aux autres de voir », se positionnant alors à l’opposé de la doctrine académique. La vision des impressionnistes est donc une vision subjective car propre à leurs vécu.
C’est durant l’été de l’année 1874, en rendant visite à Monet à Argenteuil qu’il va véritablement s’adonner à l’impressionnisme et donc à la peinture en plein air. Manet va entre autres y peindre : Argenteuil ou encore Claude Monet peignant dans son atelier, toiles de plein air.
Sa toile Argenteuil est considérée comme sa première œuvre impressionniste en raison de son sujet naturaliste mais aussi par son exécution. Enfin, le titre ironique de son tableau Claude Monet peignant dans son atelier aussi appelé Monet sur son bateau-atelier souligne la place prépondérante de la nature et de la pratique de la peinture en plein air chez les impressionnistes.

           Ainsi, bien que les peintres paysagers de l’Ecole de Barbizon comme Corot, Millet, Rousseau ou encore Daubigny accordaient une place de choix au paysage et peignaient « d’après nature », c’est véritablement les peintres impressionnistes qui vont placer le paysage au centre de leur recherche non pas pour son effet pittoresque mais pour illustrer, à travers la spontanéité de la facture, les variations de couleurs, des ombres et des lumières.

Iris Relander

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