Retour à la campagne : Le Giverny de Monet et la naissance des séries

Avant de se déménager à Giverny, Claude Monet avait vécu dans des lieux diverses (Le Havre, Argenteuil, Paris…), et les peintures réalisées dans ces lieux sont imprégnée de leur atmosphère. Mais, aucun lieu n’a pas attiré Monet autant que son domaine à Giverny. Dès qu’il s’était établit là-bas, en mai 1883, avec sa famille, Monet voyage beaucoup : en Normandie, à Rouen, à Londres ou à Venise, mais il revient toujours à Giverny pour finir les œuvres inspirées par ces voyages, pour les enrichir de l’air de la campagne française.

La préférence de Monet pour la campagne trouvée près de Paris est bien connue : il a travaillé avant à Argenteuil ou à Vétheuil. La position de Giverny, au bord de la Seine a fourni une importante source d’inspiration à Monet : la rivière offrant des possibilités de travail sur le reflet de la lumière dans l’eau, sujet très cher à Monet et aux impressionnistes en général, et les forêts et les collines ont offert le cadre idéal pour le développement des paysages unifiés, des célébrés séries de Monet.

Claude Monet (1840–1926), Les arceaux fleuris, Giverny, 1913, huile sur toile, Phoenix. Source: Wikimedia Commons. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Le premier sujet peigné par Monet à Giverny était la Seine, rivière qu’il a peigné toute sa vie, sur toute sa longueur. En voyagent dans son studio bateau, il a surpris une variété impressionnante des paysages au bord de rivière : le peintre lui-même a précisé qu’il ne s’était jamais ennuyé à les peindre, car pour lui, la Seine était toujours différente. La première description de Monet travaillant à Giverny est donnée par le journaliste Georges Jeanniot en 1888, où il raconte la théorie du peintre sur la peinture en « plein air » : Monet travaillait sur un seule effet à la fois, même si cet effet ne perdurait plus de dix minutes et il ne les retouchait jamais en studio. Toutes ces peintures étaient réalisées en face du motif, sur la colline en face de sa maison, dans le village, sur les rues qui conduisaient dans les villes voisines, dans les champs. Dans le cadre d’une de ses sessions de peinture, Monet met en pratique un principe que le préoccupait depuis longtemps : les séries des paysages. Ce concept s’est développé au fil du temps (les peintures de Monet représentant la Gare St. Lazare sont aussi considérées comme une série, même si elles ne s’inscrivent pas dans la méthode des séries) , mais s’est à Giverny où Monet conçoit sa première série délibérée : les meules (une analyse plus détaillée de cette série peuvent être trouvée sur le catalogue en ligne d’Art Institut of Chicago).

Claude Monet, Wheatstacks (End of Summer), 1890-91, huile sur toile, 60 x 100 cm , The Art Institute of Chicago, Chicago. Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

A propos de ce début de la pratique des séries, une anecdote renforce l’importance des Meules : en peignant près de sa maison, Monet observe que la lumière a changé. Alors il demande une autre toile, et encore un autre – de ces toiles naisse la nouvelle pratique de peindre de Monet pour laquelle il restera fameux. Les paysages de Giverny ont poussés Monet à vouloir représenter l’instantanéité, entreprise qui, paradoxalement, s’est réalisée en mettant beaucoup de temps. La méthode de Monet était très particulière : il travaillait sur plusieurs toiles à la fois, au rythme du changement de la lumière. Les formes presque géométriques des meules choisis pour ces compositions lui permettaient de travailler sur les changements des conditions atmosphériques qui marquent le paysage. Monet a réalisé vingt cinq peintures représentant des meules, aux différents moments de la journée et il a exposé une partie de ces tableaux ensemble en 1891 dans une galerie de Paul Durand-Ruel.

Au fil de temps, Monet a développé cette technique, en peignant des autres séries inspirés de ses voyages, comme les Cathédrales de Rouen, mais Giverny restera, jusqu’à la fin de sa vie, son refuge et son inspiration permanente (voir aussi la série des Nymphéas).

Irina M.

Webographie

  • « Cats. 27–33  Stacks of Wheat, 1890/91». Monet Paintings and Drawings at the Art Institute of Chicago, [en ligne] , (consulté le 20 mars 2015).
  • GERVAIS David, « Unified Landscapes: Monet’s Series Paintings» in Cambridge Quarterly XX(3) (1991), p. 210-222, [en ligne] , (consulté le 20 mars 2015).
  • Monet’s years at Giverny : Beyond impressionism (cat. Exp.), New York, Harry N. Abrams Inc. Publishers, The Metropolitan Museum of art, 1978, [en ligne] , (consulté le 20 mars 2015).
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