A la quête du paysage hivernal : l’aventure norvégienne de Monet

Dans l’œuvre de Claude Monet, le voyage a toujours été une source d’inspiration majeure. Dans les années 1880, il entreprit plusieurs campagnes picturales, certains dans des lieu peu accessibles. Après son déménagement à Giverny, il voyage moins, mais il reste curieux et souhaite encore découvrir les paysages en dehors de son domaine. Dans ses recherches pour représenter les variations des saisons et des conditions atmosphériques de la nature, il découvre le lieu parfait pour peindre les paysages d’hiver et les effets de la neige : le village Sandvika en Norvège, visité en 1895. Monet a réalisé plus de deux dizaines de tableaux dans ce village, surtout des images d’ensemble, mais aussi des éléments comme les maisons en bois, le fjord Christiana et le Mont Kolsaas. Le peintre tenait ces peintures comme très chères, malgré le fait qu’elles ont eu peu de succès après leur exposition dans la galerie de Paul Durand-Ruel.

Claude Monet ( 1840–1926). Fjord à Christiania, Norvège, 1895. huile sur toile, 65 × 91.5 cm . collection privée. Source : Wikimedia Commons, Licence :Réutilisation autorisée sans but commercial

La raison précise pour ce voyage en Norvège de Monet est peu connu, mais il y a plusieurs facteurs qui ont pu contribuer à cette décision. D’abord, dans les années 1890 en France, la culture norvégienne, la littérature, théâtre et musique, étaient à la mode, et Monet était surement familier avec ce phénomène. En plus, il connaissait le peintre norvégien Fritz Thaulow qui a pu influencer sa décision de visiter ce pays, où les œuvres de Monet étaient toujours bien accueillies. Mais, peut-être la plus importante raison, était le mariage de son beau fils, Jacques Hoschedé, avec une femme norvégienne et son déménagement à Christiania en 1894.

La fascination de Monet avec le paysage norvégien, avec les montagnes et les cascades glacées, est bien illustrée par une série de photographies prises par le peintre, qui font partie de la collection du Musée Monet  Marmottan. Exposées aussi au Musée Rodin dans le cadre de l’exposition Monet en Norvège, ces photographies montrent bien l’intérêt de Monet pour l’immensité blanche de la neige, l’isolation des maisons et les conditions dures d’habitation. Malheureusement, certains des sites qui intéressaient Monet n’étaient pas accessibles par train ou par traîneau, fait qui a beaucoup limité ses choix picturaux. Bien sûr, il s’est confronté avec des autres difficultés : le transport des matériaux, la longueur du chemin, le temps froid. Un autre problème était posé par la lumière : à cause du reflet des rayons de soleil par la neige, certaines paysages pouvaient être peints seulement quand le ciel était nuageux. A cause des tous ces difficultés techniques, et comme son séjour n’a duré que deux mois, il n’a pas arrivé à peindre tous ce qu’il voulait, regret qu’il à exprimé à son retour en France.

Utagawa Hiroshige (Japanese, 1797-1858). Kanbara, Evening Snow (Kanbara, yoru no yuki), 1833/34, estampe sur bois, 24.1 × 36.8 cm, Art Institute of Chicago, Chicago. Source: Wikimedia Commons. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Dans une lettre vers sa belle-fille, Monet fait un constat surprenant : il associe le village de Sandviken avec un village japonais, et le Mont Kosaals avec le Mont Fuji. L’influence des estampes japonaise sur les œuvre de Monet est bien connue et le critique Joel Isaacson trouve des similarités compositionnelles entre la série Sandvika et certaines travaux de Utagawa Hiroshige comme Kanbara, yoru no yuki. Ces similarités sont évidentes dans le tableau de Sandvika trouvé à l’Art institut of Chicago, mais elles sont limités à la composition : le traitement des effets atmosphériques et de lumière par des touches des couleurs est une technique spécifique à la peinture impressionniste.

Claude Monet (1840–1926), Sandvika, Norway, 1895, huile sur toile, 73.4 × 92.5 cm, Art Institute of Chicago, Chicago. Source: Wikimedia Commons. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Monet a exposée assez vite une partie de cette série norvégienne (huit toiles, parmi lesquelles celle d’Art Institut of Chicago) dans le cadre d’une exposition à la galerie de Durand-Ruel en mai 1895, à coté de la série des Cathédrales de Rouen, et des tableaux appartenant aux séries antérieures. L’hypothèse de Paul Tucker est que ce choix de Monet s’inscrit dans une volonté d’établir sa réputation en tant que peintre international.

La quête permanente de Monet pour les effets de la nature a été la principale raison pour ses nombreux voyages, comme celui-ci en Norvège, où, à l’occasion d’un entretien, il raconte à propos de cette série : “I am pursuing the impossible. Other painters paint a bridge, a house, a boat . . . I want to paint the air in which the bridge, the house, and the boat are to be found—the beauty of the air around them, and that is nothing less than the impossible.” (Traduction de John House dans “Monet: The Last Impressionist?” de l’entretien original de Henri Bang)

Irina M.

Webographie

  • « Cat. 34  Sandvika, Norway, 1895 ».Monet Paintings and Drawings at the Art Institute of Chicago, [en ligne] (consulté le 20 avril 2015).
  • MCQUEEN Alison, « Monet in Norway. Paris » in The Burlington Magazine, Vol. 137, No. 1113 (Dec., 1995), pp. 865-866, [en ligne] (consulté le 20 avril 2015)
  • « Monet’s Sandvika, Norway ». Art institut Chicago, [en ligne], (consulté le 20 avril 2015).
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