Les voyages à l’étranger de Paul Durand-Ruel et l’exportation de l’impressionnisme.

          Une exposition sur l’impressionnisme s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris du 9 octobre en 2014 au 8 février en 2015. Cette exposition n’est pas consacrée à un artiste impressionniste mais à un marchand d’art du XIXème siècle, Paul Durand-Ruel, accompagné d’un sous-titre « Le pari de l’Impressionnisme Manet, Monet, Renoir ». Le parcours réunit quatre-vingts chefs-d’œuvre de l’impressionnisme que Paul Durand-Ruel achetait, exposait et vendait durant sa vie. Les œuvres du musée d’Orsay y participent ainsi que celles de la National Gallery Londres, ainsi que celles du Philadelphia Museum of Art ont traversée la mer pour cette exposition. Comme nous le voyons dans son sous-titre, il est amateur des impressionnistes avant même qu’ils soient reconnus. Comme nous pouvons le découvrir au cours de la visite, il est un grand marchand de tableaux révolutionnaires qui propagera l’impressionnisme au Royaume-Uni, aux États-Unis ainsi qu’en Allemagne et en France. A cet égard, ses voyages à l’étranger sont considérables. Cependant, le processus durant sa vocation n’est pas toujours facile.

RENOIR, Pierre-Auguste, Portrait de Paul Durand-Ruel, 1910, Huile sur toile, 65 × 55 cm, Sammlung Durand-Ruel, New York. Source : Wikipédia. Licence : Réutilisation autorisée sans but commercial.

RENOIR, Pierre-Auguste, Portrait de Paul Durand-Ruel, 1910, Huile sur toile, 65 × 55 cm, Sammlung Durand-Ruel, New York. Source : Wikipédia. Licence : Réutilisation autorisée sans but commercial.

          Durant-Ruel se réfugie à Londres en 1870 après la déclaration de guerre franco-prussienne. Il y rencontre, le graveur Charles-François Daubigny, Monet et Pizarro. Séduit par leur peinture claire en plein air, il leur achète des tableaux et les expose avec d’autres artistes français à Londres. A son retour à Paris, il acquiert ses premiers Degas, Renoir, Sisley et Manet. En 1874, il les encourage à organiser leur première exposition de groupe chez le photographe Nadar où un journaliste, qui se veut moqueur, les qualifie d’« impressionnistes ». En 1876, Durand Ruel accueille dans sa galerie leur deuxième exposition à l’occasion de laquelle sa galerie devient représentante des impressionnistes. Cependant, le public le lui reproche sévèrement en écrivant « Ces gens sont fous, mais il y a plus fou qu’eux, c’est un marchand qui les achète.1» Dans ce contexte, il se trouve face à la difficulté financière pour qu’il cesse ses achets un certain temps. Depuis la première année 1880, il obtient des crédits de la banque de l’Union générale et recommence ses achats. Il achète une centaine d’œuvres de Boudin, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley avec lesquelles il organise des expositions monographiques successives, des 1880 à 1883. Ce type d’exposition individuelle est novateur à l’époque et il souligne l’originalité des artistes. Cependant, la banque fait faillite en 1882 et il est de nouveau victime des la crise économique tandis que ses expositions individuelles ont des résultats positifs, surtout celle de Monet. Parallèlement, il prospecte de nouveaux marchés à l’étranger.

          Dès 1883, Durand-Ruel trace un véritable tournant via sa stratégie novatrice. Il exporte avec ses fils des œuvres impressionnistes à Londres, à Berlin et à Boston, puis à New York où il est invité par James Sutton, directeur de l’American Art Association, à exposer tous frais payés. Il inaugure donc l’exposition, en mars 1886, intitulée « Works in Oil and Pastel by the Impressionists of Paris » avec trois cents tableaux dont les deux-tiers appartiennent à sa collection personnelle. Il s’agit de la première fois qu’une exposition impressionniste reçoit un bon accueil de la part du public. Encouragé, il organise, l’année suivante, une seconde exposition à New York, où il ouvre une galerie en 1888. Par ailleurs, il noue des contacts avec des amateurs fortunés dont les Havermeyer à New York, les Palmer à Chicago ou encore Alexander Cassatt, le frère de Mary, à Philadelphie. Dans ce contexte, ses peintures sont vendues au prix élevé pour que toutes ses dettes soient remboursées. Durant son séjour aux États-Unis, il finit par remporter un grand succès commercial et une réputation internationale. En outre, La plupart de ses tableaux sont entrés dans les collections publiques qui restent encore aujourd’hui dans les grands musées américains.

          Grâce à cette réussite, les œuvres des artistes impressionnistes sont progressivement appréciées en France, en Allemagne et dans le reste de l’Europe. À partir de 1890, l’activité de la galerie parisienne de Durand-Ruel reprend, et le travail de Renoir et de Pissarro est estimé en particulier, Monet est de plus en plus reconnu. En 1905, il organise une très grande exposition à Londres aux Grafton Galerie intitulé « Pictures by Boudin, Cézanne, Degas, Manet, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley » où il montre plus de trois cents tableaux impressionnistes. Il s’agit sans doute de l’exposition la plus exceptionnelle à l’époque et qui reste à ce jour la plus importante et la plus belle de toutes les manifestations de peinture impressionniste. À la fin de sa vie, Paul Durand-Ruel écrit dans ses mémoires : « Enfin les maîtres impressionnistes triomphaient comme avaient triomphé ceux de 1830. Ma folie avait été sagesse. Dire que si j’étais mort à soixante ans, je mourais criblé de dettes et insolvable, parmi des trésors méconnus… »2.

          Ses efforts pour diffuser l’impressionnisme trouvent enfin leur couronnement à la suite duquel, il ferme ses yeux le 5 février en 1922. Entre 1891 et 1922, la quantité des tableaux qu’il a acheté durant trente et un ans est considérable, soit près de 12 000 œuvres dont plus de 1 000 Monet, 1 500 Renoir, 400 Degas, 400 Sisley 800 Pissarro, 200 Manet, 400 Mary Cassatt. Ainsi, Durand-Ruel est connu comme le plus grand marchand d’art et protecteur des impressionnistes du XIXème siècle. Malgré la crise financière, il n’a pas cessé la relation d’amitié avec les impressionnistes et a propagé leur travail dans le monde entier à travers les marchés internationaux. Nous pouvons estimer que ses voyages à l’étranger sont une grande aventure ayant définitivement mis l’impressionnisme en lumière.

Hyoju

Webographie

  • MARTIN-FUGIER, Anne, « Durand Ruel Paul (1831-1922) », Encyclopædia Universalis [en ligne] (consulté le 1 avril 2015).
  • « Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme Manet, Monet, Renoir », Musée du Luxembourg Sénat [en ligne] (Consulté le 1 avril 2015)
  • la brochure en numérique, « Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme Manet, Monet, Renoir », Musée du Luxembourg [en ligne] (Consulté le 1 avril 2015)
  • FENEON, Félix, «  Les grands collectionneurs : Durand-Ruel », Encyclopédie de L’Agora [en ligne] (consulté le 1 avril 2015).
  • FLAMMANG, Béatrice, « L’expo de la semaine : Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme », Le cafepedagogique [en ligne] (consulté le 1 avril 2015)

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