A la quête du paysage hivernal : l’aventure norvégienne de Monet

Dans l’œuvre de Claude Monet, le voyage a toujours été une source d’inspiration majeure. Dans les années 1880, il entreprit plusieurs campagnes picturales, certains dans des lieu peu accessibles. Après son déménagement à Giverny, il voyage moins, mais il reste curieux et souhaite encore découvrir les paysages en dehors de son domaine. Dans ses recherches pour représenter les variations des saisons et des conditions atmosphériques de la nature, il découvre le lieu parfait pour peindre les paysages d’hiver et les effets de la neige : le village Sandvika en Norvège, visité en 1895. Monet a réalisé plus de deux dizaines de tableaux dans ce village, surtout des images d’ensemble, mais aussi des éléments comme les maisons en bois, le fjord Christiana et le Mont Kolsaas. Le peintre tenait ces peintures comme très chères, malgré le fait qu’elles ont eu peu de succès après leur exposition dans la galerie de Paul Durand-Ruel.

Claude Monet ( 1840–1926). Fjord à Christiania, Norvège, 1895. huile sur toile, 65 × 91.5 cm . collection privée. Source : Wikimedia Commons, Licence :Réutilisation autorisée sans but commercial

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Retour à la campagne : Le Giverny de Monet et la naissance des séries

Avant de se déménager à Giverny, Claude Monet avait vécu dans des lieux diverses (Le Havre, Argenteuil, Paris…), et les peintures réalisées dans ces lieux sont imprégnée de leur atmosphère. Mais, aucun lieu n’a pas attiré Monet autant que son domaine à Giverny. Dès qu’il s’était établit là-bas, en mai 1883, avec sa famille, Monet voyage beaucoup : en Normandie, à Rouen, à Londres ou à Venise, mais il revient toujours à Giverny pour finir les œuvres inspirées par ces voyages, pour les enrichir de l’air de la campagne française.

La préférence de Monet pour la campagne trouvée près de Paris est bien connue : il a travaillé avant à Argenteuil ou à Vétheuil. La position de Giverny, au bord de la Seine a fourni une importante source d’inspiration à Monet : la rivière offrant des possibilités de travail sur le reflet de la lumière dans l’eau, sujet très cher à Monet et aux impressionnistes en général, et les forêts et les collines ont offert le cadre idéal pour le développement des paysages unifiés, des célébrés séries de Monet.

Claude Monet (1840–1926), Les arceaux fleuris, Giverny, 1913, huile sur toile, Phoenix. Source: Wikimedia Commons. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

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Le besoin de s’éloigner de la ville: zoom sur Argenteuil

Claude Monet, Le Bateau-atelier, huile sur toile, 1874, 50x64cm, Kröller-Müller museum, Otterlo.  Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Claude Monet, Le Bateau-atelier, huile sur toile, 1874, 50x64cm, Kröller-Müller museum, Otterlo.
Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

          Dans cet article il sera question du voyage dit « concret », c’est-à-dire le déplacement physique effectué par les membres de l’Impressionnisme pour chercher de nouvelles inspirations. En effet, les impressionnistes vont séjourner aux alentours de Paris afin de s’éloigner de l’effervescence de la capitale et trouver refuge dans des lieux tels que Argenteuil. Nous avons choisit de nous focaliser sur le cas d’Argenteuil et ce choix est loin d’être anodin puisque dans les années 1870 et 1880 les artistes vont y puiser une grande part de leur inspiration et vont y créer l’association des peintres impressionnistes  le 27 décembre 1873.
Claude Monet va par ailleurs s’installer à Argenteuil dès le mois de décembre 1871 pour y rester six ans. Sa maison sera un lieu de rencontre pour le groupe: Renoir, Manet, Degas, Cézanne, Caillebotte vont lui rendre visite et parfois peindre à ses côtés. Argenteuil occupe donc une place de choix au sein de la peinture impressionniste, ce qui est d’ailleurs visible dans les thématiques d’expositions comme « The impressionists at Argenteuil » où 52 toiles impressionnistes de qualités ont été exposées entre le 28 mai et le 20 août 2000 à la National Gallery of Art de Washington D.C.

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Van Gogh et la série des nuits étoilées : vision dangereuse ou merveilleuse ?

"La nuit étoilée", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 73 x 92 cm Collection Museum of Modern Art, New york  Source : Wikimedia Commons, 06/04/15

« La nuit étoilée », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1889, 73 x 92 cm
Collection Museum of Modern Art, New york
Source : Wikimedia Commons, lien url, 06/04/15

Nous allons nous intéresser ici à deux toiles très connues du célèbre peintre impressionniste néerlandais : la série des nuits étoilées. Van Gogh produit la première toile de cette série à l’automne 1888 : elle est connue sous le nom de « Nuit étoilée sur le Rhône ». Elle représente Arles, la nuit, ville où vivait le peintre durant cette période ( pour plus d’informations sur Van Gogh et Arles, lire cet article ). Le tableau a été peint sur les bords du Rhône. La position avantageuse qu’il a choisie pour réaliser son tableau lui a permis de capter les reflets de l’éclairage au gaz dans Arles sur l’eau bleue miroitante du Rhône, avec à droite les lueurs du quartier de Trinquetaille. La seconde toile de la série, intitulée simplement « La nuit étoilée » est peinte en mai 1889 dans le village de Saint-Remy-de-Provence. Le tableau représente ce que Van Gogh pouvait voir de la chambre qu’il occupait dans l’asile du monastère Saint-Paul-de-Mausole. La partie centrale du tableau représente le village de Saint-Rémy-de-Provence et les Alpilles apparaissent au loin à droite de la toile. Un cyprès apparait au premier plan dans la partie occidentale de la toile. Ces deux « nuits » font sans aucun doute parties des toiles les plus connues de l’artistes, mainte fois commentées et mainte fois reproduites. Mais ce qui nous intéresse ici c’est de comprendre pourquoi Van Gogh a-t-il tant tenu à représenter ces visions de nuits, se focalisant sur les effets de lumière des étoiles et de leur impact sur le paysage rural, à l’heure où ses contemporains se focalisaient sur l’agitation nocturne des villes. Y-a-t’il une vision, une signification particulière liée de façon générale à ces représentations ? Ou encore, en suivant une approche plus particulière, y-a-t’il une confrontation à effectuer entre les 2 toiles de Van Gogh, et sur l’état de l’artiste au moment où il les a peintes ?

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Peindre « sur le motif », une notion fondamentale pour les impressionnistes

Edouard Manet, Claude Monet peignant dans son atelier, huile sur toile, 1874, 50x64 cm, Neue Pinakothek, Munich. Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

Edouard Manet, Claude Monet peignant dans son atelier, huile sur toile, 1874, 50×64 cm, Neue Pinakothek, Munich.
Source: Wikipédia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

          C’est à partir de l’ouvrage de Thoédore Duret, Histoire des peintres impressionnistes (1939) et plus précisément la partie consacrée à « La grande innovation des impressionnistes: la peinture en plein air »,  que nous nous intéresserons à l’action de peindre « sur le motif ». Duret est un critique d’art influent qui va s’intéresser au Japonisme, thème que plus largement développé dans notre article précédent et va prendre la défense des impressionnistes.
Contrairement aux idées reçues, la pratique de peindre en plein air existait avant les impressionnistes puisque dès le 18ème siècle des peintres venus d’Europe arrivent à Rome et peignent en extérieur. Cependant le motif était capturé sur le moment uniquement afin d’en faire des esquisses. On pense par exemple à Corot et Courbet en France ou bien Constable en Angleterre où ces études étaient réalisées sur place pour aider à la réalisation de leurs véritables peintures, celles-ci étant terminées en atelier. C’est à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle avec l’arrivée en 1841 des tubes de peinture que les peintres vont pouvoir se déplacer plus aisément avec leur matériel et appliquer leurs couleurs plus aisément. Or, ce qui fait la particularité des peintres impressionnistes est de s’adonner systématiquement à la peinture en plein air : la beauté des couleurs et de la lumière se confondant avec le paysage est captée directement.

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L’influence des impressionnistes français en Angleterre

Les idées modernes véhiculées par la peinture impressionniste voyagent et vont influencer la perception des nombreux peintres à travers le monde.
A partir des précédents articles de ce blog, il a été vu que les peintres impressionnistes ont puisés leurs influences chez d’autres artistes notamment à travers le japonisme. Cependant il est important de noter que ces influences ne se font pas à sens unique. Déjà visible chez les artistes nippons, l’impact des peintres impressionnistes français est également visible en Europe.

          En effet, introduits par James McNeill Whistler à la fin du 19 ème siècle, les travaux modernes des impressionnistes français vont arriver en Grande Bretagne. Les élèves de James McNeill Whistler comme l’artiste Wilson Steer ou encore Richard Sickert vont alors développer une peinture où l’on reconnait des caractéristiques du style impressionniste notamment à travers les œuvres du groupe « New English Art Club » (NEAC). Fondée à Londres en 1886, cette société réunissait des artistes influencés par l’impressionnisme et dont les travaux étaient rejetés par l’Académie Royale. A l’origine avant-gardiste, la NEAC devient rapidement de plus en plus conservatrice, ce qui entraîna une scission au sein du groupe entre les artistes les plus conservateurs et ceux qui s’inspiraient directement de l’impressionnisme français. Parmi ces derniers on compte Wilson Steer et Richard Sickert qui vont organiser en décembre 1889 l’exposition « London Impressionists » à la galerie Goupil. Les techniques utilisées telles que les rapides coups de pinceaux, ainsi que leur nouvelle approche de la peinture à travers l’illustration de scènes de la vie de tous les jours ou encore l’attention toute particulière accordée aux nuances de lumières et d’ombres vont avoir un impact important en Angleterre.

John Singer Sargent, Carnation, Lily, Lily, Rose, huile sur toile, 1885-1886, 174 x 153,7 cm, Tate Britain, Londres.  Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

John Singer Sargent, Carnation, Lily, Lily, Rose, huile sur toile, 1885-1886, 174 x 153,7 cm, Tate Britain, Londres.
Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial.

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Van Gogh et le Midi : la découverte de nouveaux paysages

"Le Semeur", Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 64, 2 x 80, 3 cm Collection Kröller Müller Museum, Otterlo Source : Wikimedia Commons ( lien ), 30/03/2015

« Le Semeur », Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1888, 64, 2 x 80, 3 cm
Collection Kröller Müller Museum, Otterlo
Source : Wikimedia Commons ( lien ), 30/03/2015

Nous allons nous intéresser ici à l’impact considérable du voyage de Van Gogh dans le Midi sur sa peinture. Van Gogh, peintre néerlandais, a en effet beaucoup voyagé à la recherche de nouveaux thèmes et paysages pour ses toiles. En 1888, après un séjour de deux ans à Paris, VanGoh, fatigué et dépressif décide de quitter l’agitation de la capitale pour le sud de la France où il espère trouver de nouveaux paysages. Arrivé à Arles le 20 février 1888, il partira pour l’asile de Saint-Rémy le 8 mai 1889. Dura cette courte période Van Gogh allait exécutera quelque 200 toiles et plus d’une centaine de dessins; c’est dire s’il trouve dans ce nouvel environnement une source d’inspiration particulièrement fructueuse. La majorité des peintures produites par le peintre durant ce laps de temps sont des paysages. Il convient donc de s’intéresser à ce qui intéresse tant Van Gogh dans cette nature du Midi qu’il retranscrit avec passion et vivacité. Qu’est-ce que l’artiste trouve dans ces paysages d’Arles au point que son inspiration et son rythme de travail ne connaissent aucune interruption ?

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Les estampes japonaises et l’impressionnisme, le cas de Claude Monet

Utagawa Hiroshige, À l'intérieur du sanctuaire Kameido Tenjin, estampe, 39x26 cm, 1856, musée de Brooklyn, New York.  Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial

Utagawa Hiroshige, À l’intérieur du sanctuaire Kameido Tenjin, estampe, 39×26 cm, 1856, musée de Brooklyn, New York.
Source: Wikipedia. Licence: Réutilisation autorisée sans but commercial

          Nous avons abordé dans notre précédent article le « voyage » dans sa dimension conceptuelle, où le visiteur laissait vagabonder son esprit face au spectacle paisible des Nymphéas. Néanmoins, le terme du « voyage » peut aussi évoquer les influences étrangères par des pays comme le Japon dans les peintures impressionnistes. Ainsi, nous aborderons l’influences des estampes japonaises sur les impressionnistes et plus particulièrement dans les œuvres de Claude Monet. Sa fascination pour ces estampes est telle que l’on compte à la fin de sa vie un total de 231 estampes (cette collection a été intégralement léguée à l’Institut des Beaux-Arts par son fils Michel Monet).

          L’Extrême Orient et surtout le Japon vont être une source d’inspiration très riche pour les peintres européens. Cette influence artistique venue du Japon a débutée avec l’ouverture de Meiji (les échanges sont plus aisés et nombreux) mais c’est surtout lors des expositions universelles à Londres (1862) et Paris (1867, 1878 et 1889) que les peintres peuvent admirer les œuvres de ces artistes japonais. Certains pavillons y exposent des estampes d’artistes comme Hokusai, Utamaro ou encore Hiroshige, membres de l’Ukiyo-e.
Il faut également mentionner l’influence des collectionneurs comme Charles Baudelaire, Théodore Duret ou encore Félix Bracquemond, mais aussi le rôle des frères Goncourt qui publient en 1896 un ouvrage sur Hokusai et par là participent à la diffusion des œuvres de l’Ukiyoe.
Les œuvres d’art nippones vont ainsi se diffuser dans toute l’Europe. Les estampes japonaises vont amener les peintres puis les graveurs européens à appréhender la couleur, le format et la perspective (ou son absence) de façon renouvelée. Lire la suite

Le cycle des Nymphéas ou comment voyager avec l’esprit

Pierre-Auguste Renoir, Portrait de Claude Monet, huile sur toile, 85 x 60,5 cm, 1875, musée d'Orsay, Paris. Source: Wikipedia. Licence: réutilisation autorisée sans but commercial.

Pierre-Auguste Renoir, Portrait de Claude Monet, huile sur toile, 85 x 60,5 cm, 1875, musée d’Orsay, Paris.
Source: Wikipedia. Licence: réutilisation autorisée sans but commercial.

     Claude Monet (1840 -1926) est un peintre impressionniste français qui a joué un rôle primordial dans la formation de l’impressionnisme. D’ailleurs son œuvre Impression, soleil levant a donné son nom au mouvement. Il a peint de nombreux paysages et est à l’origine de tableaux célèbres dont la série des Nymphéas où nous traiterons ici de ce que l’on pourrait qualifier du « voyage imaginaire « . C’est-à-dire où Monet donne à voir un paysage presque onirique, sorte d’échappatoire au tumulte de la ville.

     Parlons tout d’abord de la série des Nymphéas. Monet a créé un jardin aquatique avec un étang à Giverny, où il plante entre autres des nénuphars toujours dans l’optique de capter les différentes variations de la lumière. Or en créant cet espace, Monet donne naissance à un paysage poétique, idyllique au caractère japonisant. Lire la suite